La Fondation Unité-Guerra-Paul-Beaudoin-Lambrecht-Maïano de l’Institut de France a remis le 3 février 2009 son prix 2009 de 15 000 Euros à Monsieur Daniel Le Bars pour ses travaux de recherche sur la douleur : « Étude des mécanismes d’action des antalgiques morphiniques ».
Il s’agit d’un prix important dans un domaine rarement encouragé qu’est celui de la recherche contre la douleur.
La Fondation Unité-Guerra-Paul-Beaudoin-Lambrecht-Maïano a décerné le 3 février 2009 un Prix d’un montant de 15 000 euros au Docteur Daniel Le Bars pour ses travaux de recherche sur la douleur :
« Étude des mécanismes d’action des antalgiques morphiniques »
Le Docteur Daniel Le Bars, membre de la Société Française d’Étude et de Traitement de la Douleur (SFETD) et de l’International association for the Study of Pain (IASP), a été récompensé, sur proposition des rapporteurs du jury de sélection, Mme Dominique Meyer et M. Michel Le Moal, membres de l’Institut (Académie des sciences), pour ses travaux de recherche sur la douleur.
C’est le souci permanent de faire dialoguer sciences fondamentales et sciences cliniques qui constitue le fil conducteur des travaux du Docteur Daniel Le Bars, centrés sur l’amélioration des connaissances concernant la douleur et son soulagement. C’est ainsi que sa thèse de Doctorat Vétérinaire était consacrée aux effets spécifiques de la morphine sur la moelle épinière. Ces résultats, originaux à l’époque mais accueillis avec un certain scepticisme, ont été ultérieurement confirmés par de nombreuses équipes et ont suscité un regain d’intérêt lorsque de nombreux récepteurs opioïdes et de terminaisons riches en Enképhaline ont été décrits dans les couches les plus superficielles de la corne dorsale de la moelle épinière. L’apport essentiel de ces travaux reste leurs applications cliniques : administration épidurale ou intrathécale de morphiniques pour soulager certaines douleurs. L’avantage de cette approche thérapeutique est d’atteindre des concentrations locales importantes en minimisant les effets secondaires. Elle est toujours utilisée, en particulier pour soulager les patients cancéreux en phase terminale.
Un second temps fort de ces recherches a été la découverte puis l’étude chez l’animal et chez l’homme des Contrôles Inhibiteurs Diffus Nociceptifs (en anglais, Diffuse Noxious Inhibitory Controls, DNIC). Il s’agit d’un mécanisme physiologique permettant au cerveau de mieux réagir lorsque le corps est agressé. Il faut rappeler ici que le cerveau reçoit continuellement des informations concernant notre corps afin d’adapter ses réactions.
Beaucoup d’entre elles sont perçues de façon inconsciente. D’autres le sont de façon consciente par l’intermédiaire de certains neurones de la moelle épinière, mais ordinairement nous n’y prêtons guère attention.
C’est de cette information qu’émerge la douleur car un foyer douloureux active une partie de ces neurones et inhibe le reste de la population par le biais des Contrôles Inhibiteurs Diffus. Tout se passe comme au sein d’une assemblée dont le brouhaha doit cesser pour qu’un orateur se fasse entendre : la douleur émerge alors du silence des autres organes.
Les choses se compliquent lorsque plusieurs foyers douloureux coexistent car chacun d’entre eux est source d’inhibition de telle sorte qu’il en résulte une influence mutuelle des foyers douloureux. Ce mécanisme permet d’expliquer le masquage d’une douleur par une autre douleur, phénomène bien connu des médecins depuis l’Antiquité comme en témoigne l’aphorisme d’Hippocrate selon lequel « De deux souffrances survenant en même temps, mais sur des points différents, la plus forte fait taire la plus faible ». C’est sur la base de cette observation qu’ont été développées, dans les médecines populaires et aux franges de la « médecine officielle », les méthodes thérapeutiques à visée antalgique que l’on regroupe sous le terme anglo-saxon de « contre-stimulation ». On peut citer de nombreuses pratiques anciennes (décharge de poisson électrique, scarification, moxibustion, révulsifs, pointes de feu, moxas, certaines formes d’acupuncture,…) ou plus « modernes » (hyperstimulation, T.E.N.S. intense à basse fréquence, électro-acupuncture…).
À la différence de ce que l’on constate pour la perception de chaleur qui augmente de façon proportionnelle à la surface exposée, la douleur expérimentale n’augmente que dans une plage très restreinte de surface puis atteint un plateau, voire même décroît. Ces observations constituent le reflet expérimental de la difficulté clinique à établir un parallèle entre l’étendue apparente d’une lésion et l’intensité de la douleur ressentie par le patient.
L’existence de Contrôles Inhibiteurs Diffus permet de les expliquer et suggère qu’en leur absence une douleur encore plus intense serait ressentie lorsque le foyer douloureux concerne une grande surface corporelles. Cette conception a aujourd’hui la faveur de nombreux anesthésistes qui accordent à la puissance des Contrôles Inhibiteurs Diffus une valeur prédictive pour la douleur postopératoire. C’est ainsi qu’on peut surveiller avec plus d’attention les patients et prévenir la chronicisation de leurs douleurs post-opératoires après des interventions chirurgicales lourdes comme les thoracotomies.
La tolérance – la nécessité d’augmenter les doses pour obtenir un effet équivalent du médicament – s’observe très facilement pour la morphine sur les modèles animaux de douleur aiguë. En revanche, elle n’est que rarement constatée en clinique, du moins lorsque les antalgiques opiacés sont prescrits selon des règles strictes et bien
établies. Cette apparente contradiction a trouvé son explication lors de l’étude de l’influence de l’intensité de stimulation chez des rats rendus tolérants à la morphine. La tolérance à la morphine s’exprime de façon très importante sur les réponses au seuil, mais beaucoup moins sur les réponses de l’animal aux intensités de stimulations plus élevées. Ce résultat permet de réconcilier les observations des fondamentalistes et celles des cliniciens. Les premiers, qui enregistrent le plus souvent chez l’animal un seuil nociceptif, mettent facilement en évidence la tolérance à la morphine, alors que les seconds ne l’observent que de façon exceptionnelle, la douleur des patients auxquels on prescrit des antalgiques opiacés n’étant jamais confinée au seuil.
Ces dernières années, l’équipe du Docteur Daniel Le Bars s’est orientée vers la mise au point de
méthodes originales d’étude de la douleur fondées sur l’imagerie infra-rouge et la technologie laser, qui peuvent être utilisées dans les mêmes conditions de sécurité chez l’homme et chez l’animal. Il s’agit de méthodes non invasives qui permettent d’enregistrer des variables latentes, inaccessibles par les méthodes conventionnelles. Elles peuvent être réitérées au cours de longues périodes tout en respectant les règles d’éthiques. De grands espoirs sont fondés sur la réussite de ce projet. D’ores et déjà, l’utilisation de ces méthodes alternatives invite à considérer la douleur dans un contexte homéostatique plus vaste incluant notamment, mais de façon très prégnante, le système végétatif.
Publications récentes
➢ Le Bars D, Willer JC (2006) Douleur et schéma corporel : rôle des contrôles inhibiteurs nociceptifs diffus.
Encyclopédie Médico-Chirurgicale, Traité de neurologie 17-003-G-10. pp 1-19.
➢ Le Bars D, Cadden SW (2006) What is a wide-dynamic-range cell? In « Handbook of the senses, vol 5: Pain »,
Bushnell C, Julius D (eds) , Elsevier pp 331-33
➢ Le Bars D, Willer JC (2006) Diffuse Noxious Inhibitory Controls (DNIC). In « Handbook of the senses, vol 5:
Pain », Bushnell C, Julius D (eds), Elsevier pp 763-773.
➢ Adam F, Bonnet F, Le Bars D. Tolerance to morphine analgesia: evidence for stimulus intensity as a key factor
and complete reversal by a glycine site-specific NMDA antagonist. Neuropharmacology. 2006, 51:191-202.
➢ Adam F, Dufour E, Le Bars D. The glycine site-specific NMDA antagonist (+)-HA966 enhances the effect of
morphine and reverses morphine tolerance via a spinal mechanism. Neuropharmacology. 2008 54:588-596.
➢ Benoist JM, Pincedé I, Ballantyne K, Plaghki L, Le Bars D. Peripheral and central determinants of a
nociceptive reaction: an approach to psychophysics in the rat. PLoS ONE. 2008, 3(9):e3125.
Contact
Docteur Daniel le Bars
Équipe “Douleur”
INSERM UMRS 975, CNRS UMR 7225
Université Pierre et Marie Curie, Faculté de Médecine UPMC
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Attribution par la Fondation Unité-Guerra-Paul-Beaudoin-Lambrecht-Maïano d’une subvention de 5 000 euros à l’ASP Fondatrice (association pour le développement des soins palliatifs)
La Fondation Unité-Guerra-Paul-Beaudoin-Lambrecht-Maïano, créée en 2006 à l’Institut de France, a principalement pour objet de soutenir la lutte contre la douleur en aidant la recherche scientifique et médicale, en apportant son soutien à des équipes médicales cherchant à améliorer les soins en développant la mise en place de soins palliatifs aux malades.
En plus du Prix de 15 000 euros attribué au Docteur Daniel Le Bars, la Fondation agit également en apportant des aides aux associations et fondations intervenant dans le domaine de l’assistance aux malades et aux personnes âgées les plus défavorisées. Dans ce cadre, 5 000 euros de subventions ont été accordés à l’ASP Fondatrice (association pour le développement des soins palliatifs).
Objet de l’association ASP Fondatrice
Créée en 1984, l’ASP Fondatrice a pour objet d’améliorer la qualité de vie du malade atteint d’une maladie grave, évolutive, voire incurable et de sa famille.
La même année, l’association rédige la toute première Charte des soins Palliatifs.
L’association est animée par des bénévoles formés et engagés intervenant en milieu hospitalier, dans les unités de soins palliatifs, dans des établissements pour personnes âgées dépendantes, mais aussi au domicile des patients.
Au 30 juin dernier, l’association comptait 34 équipes et 227 bénévoles (Paris, Ile de France).
Projet 2009 de l’association
En 2009, l’association projette de former de nouveaux accompagnants bénévoles afin de renforcer ses équipes intervenant au domicile des patients ainsi que celles présentes dans les services de gérontologie (principalement la consolidation des équipes œuvrant à l’hôpital Max Fourestier de Nanterre et au centre de moyen et long séjour “Les Ormes” à Montfermeil. La création d’une équipe à l’hôpital Antoine Béclère à Clamart est également envisagée).
Les 5 000 euros vont contribuer à la formation initiale de dix accompagnants.
Contact
ASF Fondatrice – association pour le développement des soins palliatifs
39, avenue de Clichy – 75017 Paris
Téléphone : 01 53 42 31 31
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