L’excès d’hygiène et santé

L’excès d’hygiène menace notre santé

Au cours des 30 dernières années, le nombre de patients traités pour des allergies a doublé dans les pays développés

Avril 2010 – Les allergies sont devenues une maladie chronique très répandue dans les pays développés et provoquent rhinite (rhume des foins), eczéma, urticaire, asthme… Les causes sont multiples : antécédents familiaux, pollution de l’air, alimentation industrielle, stress, tabagisme… Mais ce qu’on soupçonne moins aisément, c’est que notre mode de vie trop aseptisé contribue aussi à cette hausse des allergies. Photo : Evah Smit)

«Il existe une relation inverse entre le degré d’hygiène et l’incidence des allergies et des maladies auto-immunes. Plus un enfant vit dans des conditions aseptisées, plus ses risques de souffrir d’une allergie ou d’un problème immunitaire au cours de sa vie sont élevés», signale le Dr Guy Delespesse, professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et directeur du Laboratoire de recherche sur les allergies du CHUM.

Une hygiène excessive source de notre vulnérabilité

Pour le Dr Guy Delespesse, allergologue, l’évolution de notre mode de vie a une influence certaine sur la survenue des allergies. «À force de transformer notre milieu, nous l’avons rendu paradoxalement plus dangereux tout en devenant nous-mêmes plus vulnérables. En modifiant sa relation avec les microorganismes de son environnement, l’être humain s’est prémuni contre de nombreuses infections pouvant causer la mort. Mais il s’est également privé d’un terrain d’entrainement pour le développement du système immunitaire en bas âge, avec pour conséquence une hausse importante de l’ensemble des maladies liées à un dérèglement de nos mécanismes de défense naturels», explique-t-il.

Mais le Dr Guy Delespesse va encore plus loin puisqu’il considère que cette modification de l’environnement biologique affecte les individus bien avant leur naissance. «Les femmes enceintes vivant à la ferme, au contact des animaux, ont des bébés qui souffrent moins d’allergies que les petits citadins», indique-t-il. De la même manière, l’asthme et le rhume des foins sont moins fréquents chez les bambins qui fréquentent les crèches. Ils y contractent des infections qui les protègeraient contre les allergies car pour lui : «il n’y a rien de tel pour stimuler leurs défenses immunitaires que de les faire cohabiter avec d’autres enfants et partager leurs microbes».

Accroissement de la gravité des cas

Au cours des 30 dernières années, le nombre de patients traités pour des allergies et des maladies inflammatoires a doublé dans les pays développés. Alors qu’en 1980, 10 % de la population occidentale souffrait d’allergies, cette proportion est passée à 30 %. Aujourd’hui, 1 enfant sur 10 est asthmatique et la mortalité due à cette affection a augmenté de 28 % entre 1980 et 1994. «Ce n’est pas seulement la fréquence qui s’est accrue, mais aussi la gravité des cas. Les régions où les conditions de salubrité sont restées stables n’ont connu aucune multiplication des maladies allergiques et inflammatoires», précise l’allergologue.

Manger des probiotiques, une façon de se protéger

Allergologue depuis 1986 au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, le Dr Delespesse possède une connaissance très poussée des mécanismes moléculaires qui régissent notre système immunitaire. «Les maladies allergiques sont dues à des réponses immunitaires aberrantes à la présence de corps étrangers inoffensifs », explique-t-il. Et de rajouter : « L’asthme, l’eczéma et d’autres maladies auto-immunes telles que le diabète de type 1, la sclérose en plaques et les maladies inflammatoires sont en outre le résultat d’un dérèglement de notre système immunitaire, qui se retourne contre nous.»

Mais pourquoi le système immunitaire qui est censé défendre l’organisme se retourne-t-il contre lui ? De plus en plus d’indices laissent penser que la flore intestinale serait responsable de ce dérèglement comme le mentionne le Dr Delespesse : «Les bactéries qui peuplent notre système digestif sont essentielles à la bonne digestion des aliments, en plus de servir à éduquer notre système immunitaire. Elles lui apprennent comment réagir à l’égard des substances étrangères et jouent un rôle prépondérant dans le développement du système immunitaire chez l’enfant.»

Or, si l’hygiène a beaucoup réduit notre exposition aux microbes néfastes, elle a également eu pour conséquence de diminuer la présence de microorganismes bénéfiques dans notre environnement. Résultat? La microflore bactérienne qui tapisse les intestins des individus dans les pays développés n’est plus aussi riche et diversifiée. Et, dans de telles conditions, les bactéries auraient de la difficulté à réaliser leur tâche d’éducation.

Que faire? La consommation de probiotiques est une voie possible pour enrichir la flore intestinale. «Les probiotiques sont des bactéries d’origine intestinale, isolées de l’organisme humain, qui ont un effet bénéfique sur la santé. On s’en sert depuis des décennies dans la fabrication des yaourts», commente le Dr Delespesse. Et les preuves s’accumulent quant à leur utilité pour de nombreuses affections liées à la régulation du système immunitaire comme les allergies et les maladies inflammatoires de l’intestin mais aussi, les infections respiratoires.

Les probiotiques deviendront-ils un traitement préventif pour les allergies? S’il est encore trop tôt pour l’affirmer avec certitude, le Dr Delespesse se montre très optimiste, «la consommation de probiotiques, dès la grossesse, pourrait aider à prévenir l’apparition d’allergies chez l’enfant. Mais ce

ne sont pas des remèdes miracles. Ils sont un élément parmi d’autres qui contribue à améliorer notre alimentation et ainsi notre santé.» Mais pour le Dr Guy Delespesse, l’utilisation des probiotiques dans la prévention des allergies repose sur un changement des mentalités par rapport aux microbes car avant tout, «il faut agir sur la barrière immunitaire plutôt que d’éliminer les allergènes comme on le fait trop souvent. L’aseptisation de nos milieux empêche le développement de la “tolérance” aux substances qui peuvent s’avérer allergènes», conclut-il.

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