La dénutrition accompagne souvent la survenue d’un cancer et aggrave le pronostic vital de la personne. Elle est fréquente et pourtant peu évoquée, et trop peu prévenue. Des solutions existent pour la dépister et la prendre en charge.
Nous pensons que la presse a un rôle essentiel à tenir dans la lutte contre la dénutrition.
Cancer et dénutrition, un état des lieux inquiétant
Au-delà de la notion d’équilibre alimentaire, la nutrition, quand elle est abordée dans le cadre particulier de la maladie, désigne un paramètre essentiel du développement de celle-ci : la nutrition conditionne en partie le pronostic vital du patient.
Or, la dénutrition est fréquemment observée chez les personnes atteintes de cancer. Elle survient chez une personne lorsque les apports énergétiques fournis par l’alimentation ne parviennent plus à compenser les besoins énergétiques de l’organisme. Plusieurs paramètres permettent d’en faire le diagnostic, comme la perte de poids ou un indice de masse corporelle (IMC) inférieur à un seuil donné (voir encadré).
La dénutrition est un problème majeur pour les personnes atteintes de cancer et accompagne souvent l’évolution de la maladie. Parce qu’il n’y a pas un cancer mais des cancers, les risques de dénutrition associés sont variables.
En quelques chiffres
Selon l’INCa (Institut National contre le Cancer), le nombre de nouveaux cas de cancer a augmenté
d’environ 16 % entre 1990 et 2000, hommes et femmes confondus.
Au cours de cette même période, le nombre de décès par cancer a diminué d’environ 10 % chez les femmes et 13 % chez les hommes.
La dénutrition accompagne 15 à 39 % des cas de cancer.
Jusqu’à 80 % des personnes atteintes des formes de cancers les plus avancées et de certains cancers (comme les cancers ORL), peuvent être dénutries.
L’incidence de la dénutrition varie en fonction du moment du diagnostic de la maladie et du type de cancer mais elle est si fréquente qu’elle est trop souvent considérée comme faisant partie intégrante des maladies cancéreuses.
Pourquoi le cancer favorise-t-il la dénutrition ?
La dénutrition dans le cadre du cancer peut être due à une perte d’appétit qui entraîne une diminution voire un arrêt des prises alimentaires.
Cette perte d’appétit peut être provoquée par la tumeur elle-même, soit de manière mécanique (obstruction de la trachée par exemple), ou en raison d’une modifi cation des mécanismes de contrôle de l’appétit, par la douleur, la dépression, …
Les traitements ont également des répercussions sur les prises alimentaires. En effet, la chimiothérapie et la radiothérapie peuvent provoquer des mucites (infl ammations très douloureuses des muqueuses de la bouche), des vomissements, diverses complications.
Par ailleurs, les traitements peuvent atteindre directement l’appétit.
Enfin, l’apparition d’un cancer provoque une augmentation des dépenses énergétiques et
donc des besoins que la personne aura du mal à compenser.
Dénutrition et cancer, quelles conséquences ?
Encore trop peu dépistée et donc trop peu prise en charge, la dénutrition a des conséquences importantes. En effet, indépendamment du type de cancer, une perte de poids supérieure à 15 % altère le pronostic vital de la personne.
5 à 25 % des personnes atteintes d’un cancer décèdent des conséquences de la dénutrition et non de leur maladie cancéreuse.
La dénutrition multiplie par 4 le risque de faire une infection nosocomiale.
Elle a pour conséquence d’augmenter le risque de complications mineures et majeures postopératoires et après un traitement de chimiothérapie et de radiothérapie.
De plus la dénutrition entraîne une dégradation de la qualité de vie des patients.
Enfin en augmentant la durée du séjour hospitalier, la dénutrition augmente également son coût.
Nutricancer*, une étude sur la dénutrition chez les patients atteints de cancer
L’étude débutée en 2005 a porté sur 154 unités de soins dans 24 villes de France.
Ses objectifs : évaluer la prévalence de la dénutrition dans une population non sélectionnée de malades atteints de cancer ; comprendre pourquoi cette fréquence est plus élevée dans certains cancers ; évaluer le recours à la nutrition artifi cielle ou à des compléments nutritionnel chez ces patients. Les critères permettant de diagnostiquer une dénutrition étaient : une perte de poids supérieure à 10 % et/ou un IMC (Indice de masse corporelle) inférieur à 18,5 (21 pour les personnes âgées de plus de 75 ans).
Résultat : l’étude a révélé que 39 % des patients atteints d’un cancer présentaient également une dénutrition. Ce chiffre varie selon que la personne est hospitalisée ou non. (44,1 % des patients hospitalisés, 27,7 % des patients chez eux.)
La lutte contre la dénutrition doit avant tout passer par un dépistage précoce, dès l’admission des patients à l’hôpital. La nutrition doit être prise en charge par l’ensemble de l’équipe thérapeutique (aides-soignantes,infirmières, diététiciennes, médecins…).
La lutte contre la dénutrition doit passer également par une sensibilisation des patients.
Le diagnostic passe par :
- une pesée régulière,
- un diagnostic de départ des prises alimentaires
- et doit s’appuyer sur des conseils de base en nutrition.
Quels sont les moyens de cette prise en charge ?
> Les compléments alimentaires, l’enrichissement des repas
Lors de la survenue d’un cancer, des compléments nutritionnels oraux (CNO) peuvent permettre de compenser des apports énergétiques insuffi sants. Ces compléments peuvent se présenter sous la forme de boissons lactées, de jus de fruits, de soupes, hyperprotéinés ou hyperénergétiques. Ils peuvent être pris en début de journée ou avant les repas.
Les CNO sont des Aliments diététiques destinés à des fi ns médicales spéciales (ADDFMS). À ce titre, ils sont délivrés sur ordonnance et utilisés sous contrôle médical. Dans le cadre des maladies cancéreuses, les CNO sont remboursés par l’Assurance Maladie.
En parallèle, les diététiciennes encouragent les personnes malades à enrichir leur alimentation.
Les petites quantités que les patients arrivent à manger doivent pouvoir fournir un maximum de calories. Cet enrichissement des repas consiste à ajouter des aliments riches en protéines et en lipides dans les soupes et les purées : beurre, crème, fromage râpé, viande hachée, etc.
Pour en savoir plus :
www.sfnep.org

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